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Capital market technologies FR - 18 Mai 2026

Market Pulse Mai : Le mois où les marchés ont recommencé à avoir peur

Christophe El Harake, Practice Manager Capital Market Technologies chez MARGO

Article rédigé par

Christophe El Harake

Practice Manager – Capital Market Technologies

Diplômé du Master 104 de l’Université Paris-Dauphine, Christophe El Harake a évolué au sein d’institutions financières de premier plan telles que Société Générale, BNP Paribas Securities Services, Engie et Amundi, au plus près des équipes de trading et de gestion d’actifs. Il développe une compréhension opérationnelle des enjeux de marché et des systèmes qui les soutiennent, à l’interface entre métiers et technologies. Aujourd’hui Practice Manager, il dirige une équipe d’une trentaine de consultants mobilisés sur des environnements Front Office, Risk et Post-Trade à forte exigence.

Pétrole, inflation, bitcoin, IA, banques centrales : pourquoi mai 2026 pourrait marquer un tournant de marché beaucoup plus profond qu’il n’y paraît.

Pendant des mois, les marchés ont avancé avec une conviction dominante : la désinflation finirait par permettre aux banques centrales de baisser leurs taux, l’IA continuerait de soutenir les actions américaines, et les tensions géopolitiques resteraient contenues.

Mai 2026 a brutalement fragilisé ce scénario.

Analyse des marchés financiers Mai 2026

En quelques séances seulement, les investisseurs ont dû réintégrer simultanément :

Retour du risque inflationniste

Tensions autour de l’Iran

Remontée des taux

Hausse du coût du capital

Le résultat est visible partout : le pétrole redevient la variable centrale des marchés, l’or ne réagit plus comme avant, les crypto-actifs restent sous pression monétaire, et même les valeurs IA commencent à être traitées différemment.

Le plus important n’est pas le mouvement de telle ou telle classe d’actifs.

Le plus important est que les marchés commencent à changer de lecture du monde.


Le retour brutal du pétrole dans l’équation mondiale

C’est probablement le fait majeur du mois. Depuis près d’un an, le pétrole avait progressivement cessé d’être le principal moteur macro-financier. Les marchés regardaient surtout : l’IA, la croissance américaine, les résultats des grandes technologiques, et les futures baisses de taux.

Mai a changé cette hiérarchie. Les tensions autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz ont replacé l’énergie au centre des marchés mondiaux. Les États-Unis et la Chine ont dû intervenir publiquement sur le sujet du trafic maritime dans la zone, par laquelle transite environ un cinquième du pétrole mondial. (reuters.com)

Ce que les marchés commencent à craindre n’est pas uniquement un pétrole plus cher. Ils commencent à craindre le retour d’un cercle beaucoup plus large :

pétrole → inflation → banques centrales → taux élevés → ralentissement économique

Et ce changement est considérable.


Les chiffres d’inflation américains ont réveillé le marché

Le second choc du mois est venu des États-Unis. L’inflation CPI américaine d’avril est ressortie à 3,8% sur un an, un niveau supérieur aux attentes du marché. (reuters.com)

Le détail le plus important est ailleurs : la hausse provient largement de l’énergie. Autrement dit, le marché commence à réintégrer un scénario qu’il pensait progressivement écarté : celui d’une inflation qui pourrait rester durablement plus élevée, même avec des taux déjà restrictifs.

La réaction a été immédiate : remontée du dollar, tensions sur les taux américains, baisse des actifs les plus sensibles au coût du capital. UBS a repoussé ses anticipations de baisse de taux Fed à fin 2026. (reuters.com)

Et ce point change profondément la psychologie des marchés : pendant des mois, les investisseurs achetaient l’idée d’un futur plus accommodant. Aujourd’hui, ils recommencent à envisager un monde où les taux élevés durent beaucoup plus longtemps.


Pourquoi l’or ne joue plus complètement son rôle refuge

C’est probablement le mouvement le plus intéressant du mois. Historiquement, les tensions géopolitiques profitent à l’or. Mais malgré le regain de tensions au Moyen-Orient, le métal jaune a reculé autour de 4 686 $/oz le 13 mai. (reuters.com)

Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, le marché regarde davantage : les taux réels, le dollar, et la politique monétaire future, que le risque géopolitique lui-même. Lorsque les investisseurs anticipent des taux plus élevés plus longtemps, le coût d’opportunité des actifs sans rendement augmente mécaniquement.

Autrement dit : les marchés considèrent actuellement que le risque inflationniste lié à l’énergie est plus fort que l’effet refuge classique de l’or.


Bitcoin et crypto : toujours ultra-dépendants de la liquidité mondiale

Le bitcoin continue d’être traité comme un actif profondément lié à la liquidité globale. Au 13 mai : le BTC évolue autour de 79 300 $, et Ethereum autour de 2 250 $.

Depuis plusieurs semaines, les crypto-actifs réagissent presque mécaniquement aux variations des taux réels américains, du dollar, et des anticipations de politique monétaire. Tant que les marchés espéraient des baisses rapides de taux, les crypto-actifs bénéficiaient d’un environnement favorable.

Le retour de l’inflation remet ce scénario sous tension. Coinbase a d’ailleurs publié une deuxième perte trimestrielle consécutive dans un contexte de ralentissement des volumes de trading. (reuters.com) Le sujet n’est donc plus seulement technologique. Le sujet redevient monétaire.


Même l’IA commence à être re-pricée différemment

Le thème IA reste central. Mais le marché devient beaucoup plus exigeant. Pendant des mois, la narration seule suffisait quasiment à soutenir les valorisations des grandes valeurs technologiques. Aujourd’hui, les investisseurs regardent davantage :

  • le coût des infrastructures,
  • les dépenses liées aux semi-conducteurs,
  • la consommation énergétique,
  • et surtout la rentabilité réelle de ces investissements massifs.

En parallèle, la remontée des taux réels change mécaniquement la valorisation des actifs de croissance longue duration. En pratique : l’IA reste dominante, mais le marché commence à distinguer les gagnants réels des simples bénéficiaires du narratif. Et cette transition pourrait devenir l’un des grands thèmes du second semestre 2026.


Ce que les marchés sont réellement en train de re-pricer

Le point central de ce mois de mai est probablement là. Les marchés ne re-pricent pas simplement une hausse du pétrole, une inflation plus forte, ou des tensions géopolitiques.

Ils commencent à re-pricer un monde potentiellement plus inflationniste, plus fragmenté géopolitiquement, plus coûteux en capital, et moins soutenu par les banques centrales. Lorsque cette hypothèse change, toutes les classes d’actifs doivent être réévaluées : actions, crypto, or, obligations, crédit, dollar. C’est exactement ce qui commence à se produire depuis plusieurs séances.

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